Dossier "La rétention en Europe"
Alors que la France prend les rennes de l'Union européenne et promet de placer la politique commune en matière d'immigration au centre des priorités, et que la proposition de directive européenne "relative aux normes et aux procédures communes applicables dans les États membre au retour des ressortissants de pays tiers en séjour irrégulier" est en passe d'être adoptée, la politique du chiffre voulue par Nicolas Sarkozy provoque chaque jour de nouveaux drames : vies brisées, familles séparées, morts (Chunlan Liu, John Maïna, Baba Traoré…).
Après avoir été un besoin, l'immigration semble être devenue un problème politique.
Les Etats qui poursuivent ces politiques mettent en place des dispositifs, d'une part, pour stopper l'immigration et, d'autre part, expulser les migrants, devenus indésirables et considérés comme illégaux. C'est une machine institutionnelle qui s'est mise en route avec la multiplication de lois et décrets de plus en plus répressifs. En rendant caduc le droit au séjour des familles des personnes demeurant en France, en durcissant les conditions d'obtention de la carte de résident, en supprimant le droit à une carte de séjour temporaire après une présence de dix ans sur le territoire français et en favorisant uniquement la venue d'étudiants et cadres de haut niveau, la législation condamne les étrangers à des conditions de vie inhumaines, à la misère la plus extrême.
Pour stopper les "flux", l'Union européenne a mis en place une politique de fermeture des frontières. Pour éloigner les migrants, les pays européens ont ouvert des camps, lieux fermés, géographiquement identifiés, qui ont pour vocation d'enfermer les migrants en instance d'expulsion, en attente de statut ou d'admission sur le territoire.
L'utilisation du terme de "camps" n'est pas un parallèle fait avec les camps d'extermination de la Seconde guerre mondiale, mais désigne les formes contemporaines d'enfermement et d'exclusion des étrangers. Cependant, le retour à l'histoire n'est pas pour autant interdit : les camps d'aujourd'hui, avec leur mécanisme et leur logique, ne sont pas sans rappeler les "camps de la plage" que la France réserva en 1936 aux républicains et antifascistes espagnols.
Il y aurait entre 250 et 300 camps en Europe. Quels statuts ont-il sur le plan législatif ? Quelles fonctions ? Comment sont-ils apparus en Europe et au-delà ? Quelle idéologie est-elle véhiculée ces politiques ?
À l'extérieur comme à l'intérieur de ces camps, des personnes se révoltent, résistent, et s'organisent pour lutter contre l'enfermement des migrants. Quels modes d'organisation et d'action utilisent-ils ? Comment font-ils face au développement des camps hors d'Europe ?
Telles sont les questions que ce dossier aborde, de façon à proposer quelques jalons et quelques outils.


