Elles ne veulent plus travailler dans l’ombre

Les femmes sans papiers manifestaient, hier, pour exiger la reconnaissance de leurs droits. Explications de Bahija Benkouka, porte-parole du 9e collectif.

Pourquoi avoir choisi le secrétariat d’État à la Solidarité et non le ministère du Travail ou celui de l’Immigration ?

Bahija Benkouka. Mardi dernier, nous avions interpellé la secrétaire d’État, parce qu’elle est sous la tutelle du ministère du Travail et parce que Valérie Létard a manifesté la volonté de prendre en compte les enjeux de l’aide à domicile. Il y a, dans ce secteur, des milliers de femmes qui travaillent dans des conditions scandaleuses et le sort de ces femmes a été complètement passé sous silence.

Leur travail est très individualisé et les actions de type syndical quasi impossibles. C’est ce que vous avez constaté ?

Bahija Benkouka. Elles sont isolées. Elles ne peuvent pas se syndiquer. Pourtant, c’est grâce à elles que la France peut vivre debout, car elles permettent à des milliers de familles d’avoir un quotidien plus confortable. Elles s’occupent de la maison, font les courses, accompagnent les personnes âgées. Elles sont - indispensables et elles sont condamnées à vivre dans la peur des rafles et des expulsions, dans l’exploitation sans pouvoir se défendre. Parfois, elles n’ont même pas de preuve à présenter de leur travail. Certaines sont payées trois euros de l’heure avec des horaires de sept heures à vingt-trois heures, y compris le week-end. Elles sont en précarité totale. Les employeurs sont de toutes les professions : médecins, ingénieurs, professeurs, députés. Elles sont d’autant plus nécessaires que les structures publiques, comme les crèches ou les maisons de retraite, sont insuffisantes pour répondre aux besoins.

« Le marché aux esclaves » dans certains quartiers de Paris où les femmes recrutent leur main-d’oeuvre ménagère existe toujours au vu et au su de tout le monde…

Bahija Benkouka. Tout à fait. Notre collectif a commencé à travailler sur la question du travail il y a deux ans, surtout avec les salariés du bâtiment. Maintenant, il y a une brèche qui s’est ouverte, mais elle est insuffisante pour les gens qui n’ont pas de lien avec leur employeur et qui n’ont pas de preuves. Il nous fallait donc aussi engager une réflexion sur le travail au noir. C’est une hypocrisie totale. Il faut donc exiger du ministère la régularisation de ces personnes sans condition.

Entretien réalisé par Émilie Rive

http://www.humanite.fr/2008-06-06_Societe_Elles-ne-veulent-plus-travailler-dans-l-ombre

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