Incendie, manifestation : dimanche de crise au centre de rétention de Vincennes

VINCENNES, 22 juin 2008 00h33 (AFP) - Incendies, gaz lacrymogènes, manifestation, cavale de plusieurs retenus: ce dimanche a été une journée de crise au centre de rétention administrative (CRA) de Vincennes, détruit par les flammes.

Alors que quelque 150 pompiers s'affairent dans tous les sens, que de nombreux tuyaux d'eaux barrent la route, que de la fumée s'échappe des toitures et que se répand une odeur de plastique brûlé, des personnes soutenant la cause des sans-papiers tentent de nouer contact à l'intérieur, constate une journaliste de l'AFP.

"Nous sommes tous dans la cour du centre de rétention, mais je ne peux pas parler longtemps au téléphone, les policiers nous en empêchent", déclare l'un des retenus à une militante du 9e collectif des sans-papiers.

Toute la journée, proches de retenus et associations ont fait le pied de grue devant le CRA, demandant leur libération. Les mines sont graves, l'atmosphère est tendue, certains craignent qu'il y ait de nombreux blessés à l'intérieur.

Le CRA est quadrillé par les forces de l'ordre, qui en empêchent l'accès.

"Nous avons organisé une manifestation cette après-midi, car un retenu tunisien est décédé hier, explique Imed Berricho, délégué du 9è collectif des sans-papiers. "Nous sommes arrivés dès 14h30, et étions en contact téléphonique avec les anciens co-retenus de cet homme".

Selon lui, la police a utilisé des gaz lacrymogènes "on ne sait pas pourquoi. Et les visites ont été stoppées. De là, quelques chambres ont pris feu, puis tout le centre".

Des élus de gauche de Paris et du Val-de-Marne sont également présents à l'extérieur de l'enceinte. Ils tentent d'entrer dans le centre, dont l'accès leur est normalement autorisé. Policiers et CRS s'y opposent; membres des associations et proches de retenus se joignent dans une grande mêlée.

Quelques élus parviennent à rentrer, d'autres resteront dehors.

"Les départs d'incendie, les auto-mutilations, les accrochages sont quotidiens" dans le centre" a souligné à l'AFP Gérard Moyon, du Réseau Education Sans Frontières (RESF).

Selon un policier du Syndicat Général de la Police SGP-FO, Luc Poignant, il n'y avait que 10 surveillants dimanche pour l'ensemble des retenus.

"L'état de santé de la personne décédée (samedi) était incompatible avec la rétention, c'est à l'hôpital qu'il aurait dû être", ajoute Bahiga Benkouka, du 9è collectif de sans-papiers.

Véhicules de police, des pompiers et de la Croix-Rouge entrent et sortent du centre, sous les huées de la foule. "Liberté! Liberté! Liberté!" Elus et journalistes sont également mis en cause : "socialos, assassins", "journalistes, complices du pouvoir".

Dans la nuit, les 193 retenus présents devaient être transférés vers les centres de Lille (Nord), Nîmes (Gard), Montpellier (Hérault) et Palaiseau (Essonne). Une cinquantaine manquait encore à l'appel, selon la préfecture de police et 18, selon la PP, blessés, avaient été transférés vers l'Hôtel-Dieu.

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